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Interview exclusive- Pr Joyeux: L’égalité, pour les enfants d’abord!

Publié le 08 juillet 2013 par Louis Marie

Le Professeur Henri Joyeux, Président de Familles de France, a accordé une interview exclusive au « Réel ». Au menu: mariage gay, adoption, PMA et GPA…

professeur henri joyeux

Le Réel: Professeur, le mouvement Familles de France, que vous présidez, a demandé un référendum à propos du « mariage pour tous », pourquoi ?

Pr Henri Joyeux: Dès septembre 2012, Familles de France, plus grand mouvement familial laïque, respectueux de toutes les tendances politiques, syndicales et confessionnelles, a demandé avec insistance au président de la République un référendum. Trois questions distinctes étaient nécessaires afin que le peuple se prononce à propos des demandes insistantes des couples de même sexe relayées par la campagne présidentielle, mais soigneusement occultées dans les grands débats politiques avant l’élection : concernant les couples de même sexe, « êtes-vous POUR ou CONTRE le mariage ? », « êtes-vous POUR ou CONTRE l’adoption d’enfants dès la naissance ? », « êtes-vous POUR ou CONTRE la Procréation Médicament Assistée et la Grossesse Pour Autrui ? ».

Pour vous, ce référendum aurait été l’occasion d’un débat plus franc et honnête que celui qui a occupé nos parlementaires pendant de longues semaines ?

Nous, Familiaux, défenseur des intérêts matériels et éthiques des familles, faisions confiance au peuple, car un référendum exige une campagne d’information préalable donnant équitablement la parole aux deux conceptions qui s’opposent légitimement. Même si une telle campagne est souvent orientée par les invités des plateaux radio et télé, le peuple est plus cohérent qu’on ne le pense: il se fait une idée de plus en plus précise et finit par y voir clair, très clair. C’est exactement ce qui s’est passé si on veut bien suivre honnêtement l’évolution des sondages sur ces trois questions. A la veille de la promulgation de la loi par le président, 60% des français ne voulaient pas confier des enfants à adopter à des couples de même sexe, masculins comme féminins. Ils désavouaient ainsi députés et sénateurs soumis aux ordres des partis ou votant blanc avec des arrières pensées politiciennes.

A l’inverse, certains sondages indiquaient qu’une majorité de Français étaient favorables au mariage gay…

Il se peut que la même proportion ait été favorable au mariage entre personnes de même sexe, mais sans vraiment savoir que le mariage dans notre Constitution donne la possibilité d’adopter des enfants. Les Françaises et les Français ont été trompés sur ce point, les médias très influents se gardant bien d’expliquer toutes les conséquences de la loi sur la filiation, et les conséquences psychologiques à long terme sur les enfants.

En la matière, votre mouvement partageait-il les revendications de la Manif Pour Tous ?

Le Conseil d’administration de Familles de France, parfaitement informé, a voté à l’unanimité la demande du Référendum à Metz en novembre 2012 après avoir écouté entre autre, sur ce sujet, le Maire de la ville de gauche et le député de droite. De même, le Conseil d’administration de Familles de France a été unanime pour participer aux trois grandes Manifs Pour Tous.

En quoi pensez-vous qu’une plus grande reconnaissance des homosexuels soit par ailleurs nécessaire ?

Les souffrances vécues par les personnes ayant une orientation affective et sexuelle vers des personnes de leur sexe ne peuvent être niées. Elles ont duré de longs siècles, jusqu’à ce que de telles personnes soient envoyées à la mort dans les camps de concentration nazis, tout autant que d’autres pour leur appartenance religieuse ou leur handicap. Le triangle rose (en allemand: Rosa Winkel) était dans l’univers concentrationnaire le symbole utilisé pour « marquer » les homosexuels masculins. C’est dans les années 1973 et 1974 que l’homosexualité est officiellement sortie, à juste raison, des livres de médecine.

Comment les choses ont-elles évolué depuis ?

A partir de ces années, les lobbies sont devenus plus actifs. Ils ont infiltré largement les médias. Soutenus par la finance internationale et même par les Etats, ils ont fait connaître leurs souffrances passées, ont organisé dans les grandes métropoles de la planète des « Gay Pride » pour stimuler le grand public sous-informé, ont utilisé les grands mots de discrimination et d’égalité. Ils n’ont pas hésité à qualifier d’homophobes tous ceux qui n’étaient pas d’accord avec toutes leurs revendications, en particulier le mariage et par voie de conséquence l’adoption d’enfant, mais aussi la Procréation Médicalement Assistée et même la Grossesse Pour Autrui. Ils ont même accusé ces personnes de racisme, d’antisémitisme et donc de fascisme.

Quelle place tient le Sida parmi les maux qui ont particulièrement touché la population homosexuelle ?

Le Sida est arrivé en 1982, touchant largement d’abord une population se qualifiant d’homosexuelle, puis s’est étendu à toutes les orientations sexuelles. Le calvaire du Sida, toujours mortel en 2013, transmis par la transfusion sanguine à partir de donneurs contaminés, a centré les débats sur la recherche et a permis de lever des fonds colossaux pour tenter de soigner les personnes atteintes et prévenir par vaccination. Jamais une maladie n’a été à l’origine d’autant de recherches en un temps aussi court. Cela a permis de reculer l’échéance fatale de plusieurs dizaines d’années, mais le ou les vaccins restent en attente.

Que mettez-vous derrière le terme « homophobie », aujourd’hui omniprésent dans les discours politique et médiatique ?

Personne ne peut nier aussi que l’homosexualité est une réalité humaine, connue depuis les temps anciens, mais constamment rejetée par la plus grande majorité des personnes du fait des incompréhensions dont elle fait l’objet. On a parlé de maladie génétique, hormonale, psychique, d’hérédité, de contre-nature… et on a occulté les dimensions affectives réelles de ces orientations et la façon dont elles se construisent – souvent dès le plus jeune âge – tant chez les hommes que chez les femmes.

Ces préjugés tenaces n’ont-ils pas aussi été utilisés comme un prétexte par certains activistes lesbiennes, gays, bi ou trans (LGBT), pour obtenir le « droit » d’avoir des enfants au nom d’une « égalité » avec les  hétérosexuels ?

En effet, le fait que l’on ne choisisse pas d’être homo ou hétérosexuel, que les uns soient attirés tout aussi naturellement par les personnes de même sexe ou de sexe différent, a fait croire à tout un chacun qu’il fallait à tout prix établir une égalité absolue entre les couples, au nom de l’égalité républicaine, principe fondateur du pays des droits de l’Homme et du Citoyen. On a ainsi oublié que, dans notre Constitution, l’égalité républicaine s’applique à des individus et non à des groupes, et doit d’abord exister entre les enfants avant d’être celle des adultes. Il est donc nécessaire aujourd’hui de reconnaître aux personnes de même sexe la possibilité de vivre ensemble, de s’aimer et d’avoir des droits comparables aux couples Homme-Femme, sauf pour tout ce qui concerne les enfants. Le Pacs a été la première étape mais remarquons que seulement 6% des pacsés sont des couples de même sexe. Une évolution du Pacs est toujours nécessaire, en particulier pour la transmission du patrimoine et d’autres détails de la vie commune.

Si le Pacs était une « étape », contrairement à ce que juraient à l’époque les responsables politiques qui l’ont porté, il était prévisible qu’il débouche sur la demande du mariage…

Même si une loi a été votée par la représentation nationale comme on le sait, la demande du mariage par les couples de même sexe ne peut être acceptée dans la mesure où de facto elle permet l’adoption d’enfant et engage la filiation avec toutes les conséquences psychologiques pour l’adolescent et le futur adulte. Un Pacs amélioré ou un contrat d’union civile (CUC) strictement réservé aux couples de même sexe serait la meilleure réponse à apporter à leurs attentes.

Quels problèmes concrets poseraient l’adoption d’un enfant par deux personnes de même sexe ?

Confier des enfants à ces couples sous les faux prétextes de l’égalité entre tous les couples et que certains couples homme-femme sont de mauvais parents, constituent pour l’enfant une discrimination grave l’empêchant d’avoir un père ou une mère comme tous les camarades de son âge. A terme l’enfant devenu adulte aura le droit de se retourner contre l’Etat qui lui aura imposé l’absence de père ou de mère. L’égalité républicaine pour les enfants prime donc sur celle entre adultes.

Comme vous, de très nombreux Français continuent à s’engager pour la reconnaissance de cette égalité, mais le gouvernement semble espérer un essoufflement…

Evidemment nos dirigeants ont tous intérêt à tourner la page du « mariage pour tous »: digérez, passez, il n’y a plus rien à voir. Ils n’espèrent qu’une chose, c’est que leur pilule soit avalée, et comme cela a été dit et écrit par des incompétents: le peuple de France assimilerait définitivement le mariage pour tous, comme il a assimilé l’abolition de la peine de mort, alors que cette dernière était inscrite il y a 34 siècles dans le « permis d’humanité » des 10 Paroles de Moïse.

Les représentants des familles ont été très présents dans la contestation de la loi Taubira et continuent de l’être. Au nom de quoi ?

Les trois mobilisations massives de la Manif pour Tous, pensées, organisées et menées par Frigide Barjot et Ludovine de la Rochère ont mobilisé des millions de personnes et même de familles. N’oublions pas qu’il y a 17 millions de familles en France, qu’elles sont en train de se réveiller et qu’elles en ont assez de se faire manipuler, exploiter, ridiculiser, alors qu’elles sont la base de la cohésion sociale et du développement d’une société harmonieuse.

La Manif Pour Tous pourra-t-elle coexister avec le nouveau mouvement lancé par Frigide Barjot, appelé l’Avenir pour Tous ?

Opposer Manif Pour Tous et Avenir Pour Tous n’a aucun sens. C’est l’intérêt de ceux qui ont imposé aux grands médias, aux députés, aux sénateurs, au peuple de France ce qu’ils ne voulaient pas.

Vous ne pensez-donc pas avoir à « choisir votre camp » entre les deux ?

Familles de France est totalement associé et présent avec Frigide et Ludovine, les deux stars du présent et de l’avenir. A nos deux stars, il faut ajouter Philippe Brillaut, auteur de la pétition à plus de 700.000 signatures refusée par le CESE sous de faux prétextes, et son équipe.

Votre unique mot d’ordre semble être « les enfants d’abord », pourquoi ?

Tous les responsables familiaux cohérents doivent défendre et défendent d’abord les enfants. Il ne s’agit pas de s’occuper de la nature ou de quelque concept philosophique ou religieux que ce soit, mais seulement de prendre en considération les enfants, qui ne peuvent être le joujou ou le doudou d’adultes en carence affective et affamés d’affection.

Mais l’ouverture du mariage et de l’adoption aux couples de même sexe étaient des promesses de campagne du candidat François Hollande, élu depuis au suffrage universel…

Députés, sénateurs, Conseil constitutionnel n’ont pas osé réagir à une promesse « anthropo-illogique » du président de la République. Soutenu par les médias et par une minuscule communauté, le président – accusé de mollesse – a voulu montrer son autorité en promulguant en urgence une loi qu’il n’a pas appliquée ni à ses enfants ni à lui-même.

D’après vous, il est donc logique que les citoyens continuent de s’exprimer dans la rue comme ils le font sans discontinuer depuis novembre 2012 ?

Le peuple de France, des millions de familles se sont réveillées. Elles n’acceptent pas le « mariage pour tous » et vont monter des actions partout, dans tous les villages et dans toutes les villes, pour que soit inscrit dans la Constitution Française – modifiée 17 fois en 12 ans par un président de la République – le mariage, une institution réunissant un homme et une femme. Ainsi la loi Taubira sera de fait annulée. Si d’ici là des homosexuels se sont mariés et ont adopté des enfants, leurs problèmes spécifiques seront résolus humainement cas par cas dans l’intérêt des enfants. N’oublions pas qu’en France, 30.000 couples homme-femme attendent un enfant pour l’adopter et que les pays donateurs d’enfants ont déjà fait savoir qu’ils ne voulaient pas confier leurs enfants à des couples de même sexe.

Les Français ne connaissent pas tous la différence entre l’adoption simple et l’adoption plénière (qui efface les liens de parenté biologiques de l’enfant), et certains ne comprennent pas pourquoi on ne l’accorderait pas à des couples homosexuels alors qu’elle est ouverte à des célibataires…

L’adoption pour les célibataires doit être supprimée. Elle vient des séquelles des grandes guerres qui ont vu des enfants orphelins de père et mère, adoptés par des oncles, des tantes ou des voisins… Les responsables familiaux n’ont pas su anticiper la fin de ces types d’adoption, rendus nécessaires par les catastrophes humanitaires évoquées ci-dessus. On s’est donc retrouvé avec un argumentaire faussé: « puisqu’un enfant peut être adopté par un célibataire, autant lui donner un deuxième parent, quel que soit son sexe… » Une erreur anthropologique grave qu’il faudra réparer dès que possible.

La question de l’anonymat du don de sperme ou d’ovocyte (qui concerne 6% des naissances par PMA) pourrait-elle aussi être remise en question ?

Elle est déjà remise en question par les enfants issus de dons de gamètes anonymes, qui veulent connaître leur père ou mère génétique… Pour bien réfléchir, faut-il se mettre à la place des parents qui ont un désir d’enfant majeur ou à celle du futur enfant? Encore une fois, comme responsable des familles, nous pensons: « les enfants d’abord ».

L’OMS décrit la santé comme un état de bien-être physique, psychique et social. A la lumière de cette définition, les Etats généraux de la PMA vont sûrement poser la question de son autorisation sans raison médicale. Est-ce pour vous la frontière à ne pas dépasser ?

La PMA pour stérilité « sociale » est une autre erreur anthropologique. Ce n’est pas parce qu’elle est possible techniquement qu’il faut la réaliser. La grossesse pour homme est scientifiquement possible, et celle d’un humain dans un utérus animal peut-être demain. Ou dans un autre humain, qui se fait payer ou pas: c’est la GPA… un non-sens anthropologique de plus.

Jean-Claude Ameisen, président du CCNE, rappelle que le rapport est uniquement « consultatif » et il n’est pas dit qu’il contienne des recommandations particulières. Pensez-vous que François Hollande ira au bout de la logique du « Mariage pour tous »?

Ce n’est pas son intérêt, mais celui de lobbies qui le tiennent en laisse. Nous l’attendons sur des sujets sociétaux bien plus essentiels : chômage, économie, santé…

Qu’attendez-vous de sa décision?

Rien.

A quoi travaille aujourd’hui le mouvement que vous représentez ?

Familles de France reste le seul mouvement familial laïque à défendre les enfants. De nombreuses familles l’ont rejoint depuis six mois avec cet objectif.

 

Propos recueillis le 28 juin 2013 à 13h par Anne Teca.
Le Professeur Henri Joyeux est Président de Familles de France.
www.familles-de-france.org

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